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(SHAWN & ADEL) « Hey Brother

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MessageSujet: (SHAWN & ADEL) « Hey Brother Dim 10 Mai - 17:32


hey brother
Au fond, la solitude, bien qu'elle soit douloureuse, est encore préférable à la destruction appliquée de l'un par l'autre. Δ Fernan Ouelette.



« Un café, merci. Avec trois sucres je demande doucement avec un sourire à la serveuse. Elle cligne des yeux puis hoche la tête et s'éloigne.

Je m'étire doucement et observe la terrasse sur laquelle je suis installé. Je suis un peu en avance, mais je dois avouer que l'enthousiasme de revoir Shawn après ces derniers temps m'a fait sortir de chez moi environ une heure et demi trop tôt. J'ai donc décidé de consommer un bon café en l'attendant. Pulsation d'inquiétude, droit dans le coeur, comme un coup. Je pose mon téléphone sur la table de bois, et remonte mes lunettes de soleil sur mon nez d'un geste nonchalant. Je suis décontracté aujourd'hui, large t-shirt blanc et jean simple, qui souligne la minceur de mon corps jeune. Je suis plus élégant quand j'en prend la peine, notamment pour les soirées au club, mais pour voir Shawn, je me vois mal me ramener en chemise ou en tenue colorée. Ca aurait un côté très ... décalé. Et puis, si autrefois je n'en aurais pas eu peur, sachant que ça l'aurait fait sourire, à présent, je me demande si il sait encore ce que ce mot signifie. Sourire.

Angoisse qui étouffe. Souvenirs d'un passé commun, d'une lâcheté qui m'est propre, et de son courage qui m'aveugle. Je secoue la tête, reste quelques instants à regarder le soleil droit dans les rayons, protégé par l'opaque de mes lunettes. Sa chaleur chasse quelque peu mes torpeurs impatientes. La serveuse pose dans un bruit de soucoupe le liquide amer rendu très sucré par la douceur de trois carrés blancs et friables. Je la remercie, et le bois d'une traite. Je le préfère froid, mais je n'ai pas envie d'attendre. Toute mon impatience est tournée vers Shawn, et ce serait, à mon sens, le rabaisser que d'ajouter à cela l'attente que mon café ne refroidisse. L'après-midi est à peine entamé, et des couples, des étudiants, des gens vont et viennent dans ce coin du Queens. La douceur du temps a fait sortir certains, et d'autres se cachent, comme moi, sous l'auvent bienfaiteur de cafés. Le soleil paresse jusqu'ici, quelques rayons chatoient sur les peaux nues des bras, des épaules. Mon bras est parsemé d'éclats dorés, et j'ai la sensation d'être un léopard de soleil et de chair. Je souris.

Je m'étire, encore, félin. J'ai acquis une espèce de grâce, à danser et à onduler sous des regards pesants. Comme si, plus j'étais agile, preste, fauve, moins leurs obsédants yeux pesaient lourd. Je joue avec ma tasse, la caresse du bout des doigts, tout en songeant à ce que je m'apprête à faire.

Une arnaque. Un tourment. Un bluff malsain, une trahison flamboyante, qui me brûle jusqu'à l'os. Une ruse de renard, que j'aimerai abattre dès qu'elle est née dans mon esprit, mais que j'ai couvée de mes angoisses, de mes terreurs, de ce lien fraternel. Mauvaises excuses, mauvaises raisons. Mauvaise situation.

Je veux mettre en pratique ce que j'ai appris ces dernières années à la fac, en cours de psychologie. Parce que Shawn ne sourit plus. Parce que Shawn semble de plus en plus distant. Parce que Shawn semble dur, glacé de l'intérieur.
Parce que Shawn ne semble plus être Shawn.

Je vais flouer mon propre frère. Et ce serait un euphémisme que de dire que je me sens coupable. Je me suis toujours senti blâmable pour Shawn. Me cacher quand il était victime de nos parents, de leurs mots qui mordent, de leurs coups qui griffent, de leur haine qui balaye l'être. Je n'avais pas été un frère. Et si j'avais essayé de me rattraper, depuis que j'avais quitté la famille en prenant exemple sur lui, en cet instant, je me sentais comme un diable. Condamné à bafouer l'amour que mon frère me portait, en analysant le moindre de ses mots, en cherchant la vérité là où il la cachait. Je me faisais l'effet d'une vermine fouaillant. Je songeais à ce que j'allais faire, et j'avais un goût métallique en bouche, n'ayant rien à voir avec mon café. Félonie fraternelle, fourberie venue du fond des âges.

Abel et Caïn. Si je n'étais pas Abel, à une lettre près, mon second prénom était bien Caïn. La déloyauté était-elle dans mon sang, dans ma chair, incrustée comme une main d'ombre dans mon âme ancestrale ? Je frissonnais malgré le soleil et me penchais sur mon dossier. J'observais la foule, pour me détourner de mes sombres idées. A force de m'affoler pour Shawn, voilà que j'en perdais le sourire à mon tour. Je me forçais à chasser les ténèbres de mes pensées. Il y avait toujours une solution, et quel que soit le problème de Shawn, je voulais l'aider. Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, le mien est un paradis artificiel creusé dans mes projets qui n'avaient que pour but d'aider les autres.

Enfin, sa haute stature musclée parvint jusqu'à mon regard. Je cillais, mes cils formant des ombres sur la peau pâle de mon visage. Je levais une main, comme un élève cherchant à donner une réponse. Le demi-sourire flottant sur mes lèvres prit des proportions plus sincères, plus heureuses. Aussitôt, des interrogations anxieuses naquirent en moi - Shawn avait-il maigri, ou était-ce une impression ? Il avait l'air fatigué. Je me levais à son approche et hochais la tête en le saluant, essayant d'être naturel et de ne pas sembler enfiévré d'anxiété.

« Désolé, j'ai déjà commandé, je suis là depuis une demi-heure. Installe-toi. Tu veux quoi ? je demande, dans un flot de paroles impatientes, comme un animal faisant la fête à son maître. Je hèle d'un geste la serveuse qui s'approche, et enfin je pose la question qui me taraude, qui m'empoisonne comme un venin corrosif. « Tu vas bien ? Cette interrogation a un côté extrêmement hypocrite. Je vois mal Shawn me répondre qu'il ne va pas bien. Pourtant, si c'était le cas, j'aimerais qu'il me le dise. Qu'il soit franc. A moins qu'il ne sache pas lui-même, qu'il ne soit pas conscient de sa propre destruction. Cette idée me fait frissonner, et je ne détache pas mon regard de lui, observant ses traits qui me semblent las, et enfin j'accroche nos regards. Nos deux êtres se heurtent avec une familiarité silencieuse.
Je suis heureux qu'il soit là. Franchement heureux. Combien d'êtres peuvent me rendre aussi enjoué par leur simple présence ? Peu. Et Shawn est en tête de liste.
A mon tour de lui rendre son sourire.
A mon tour de lui offrir une vie.


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MessageSujet: Re: (SHAWN & ADEL) « Hey Brother Mar 12 Mai - 22:35

Malgré le fait que l'heure tournait bien plus vite que prévu – Shawn était en retard – il ne se pressait pas. Avec une lenteur presque exagérée, il rangea soigneusement son sac de sport dès que son contenu fut renversé dans sa machine à laver flambant neuve. Un coup de pied un peu trop violent pour redémarrer l'ancienne eut raison d'elle ; l'agent ne se rendait guère compte de la force phénoménale qu'il entretenait. Plusieurs centaines de dollars dans le vent, comme s'il n'en perdait pas déjà assez comme ça. De toute façon, il aurait fallu que tôt ou tard, il en rachète une. Il se trimballait celle-ci depuis… depuis qu'il avait emménagé avec Jon dans cet appartement, une quinzaine d'années plus tôt si sa mémoire ne lui jouait pas des tours. Si son esprit, inquiété des horreurs que ses yeux admiraient toute la sainte journée, n'avait pas également annihilé l'image de Jon de son crâne. Cette idée si chatoyante l'effleura avec suffisamment d'intensité pour qu'il prie le Seigneur de lui accorder cette faveur. Quelle ironie, lui, qui passa toute son enfance et toute son adolescence à le renier et l’exécrer pour sa discrimination éhontée envers ce qu'il était : différent.
Pas un mutant, loin de là. Pire que ça aux yeux de la chrétienté, de cette délicieuse arnaque savamment construite par les prêtres pour assujettir une masse populaire stupide. Dieu, si l'on veut, c’est le factotum des théologiens, le premier agent du clergé ; le chargé d’affaires, le pourvoyeur, l’intendant de l’armée divine. La parole de Dieu c’est la parole des prêtres. Ça, le blondinet l'avait lu dans un livre d'un philosophe des Lumières français délaissé dans les bibliothèques. Un certain d'Holbach, au talent inégalé pour tacler avec sagesse et savoir faire le christianisme. Heureusement qu'il ne fit sa connaissance qu'à l'âge adulte ou pour sûr que ses parents auraient cramé ses livres et défoncer la gueule de celui qui les lisait. Shawn, en l’occurrence. D'ailleurs, quelques uns de ses bouquins étaient entreposés dans le couloir principal de son appartement, sur des étagères branlantes qu'il ne parvenait pas à fixer sans que le mur en carton-pâte ne cède. Une brute, le Wildworth ? Certainement. Peut-être moins que certains bodybuildeurs sculptés jusqu'à la bite, mais ça lui convenait pour ce qu'il avait à faire : cogner par surprise des types avec suffisamment de vivacité pour qu'ils ne se relèvent pas. Or, la force n'avait rien à voir avec ce second point. Le plat d'une main savamment placé, le talon judicieusement balancé, le coude parfaitement ajusté et n'importe qui s'écroulerait, en proie à des torpeurs nouvelles et étrangères : l'inconscience.

Quelques minutes après avoir effleuré sa toute nouvelle acquisition pour laver et sécher son linge dans un même appareil – une innovation propre au XXIIème siècle – Shawn s'engouffra dans le couloir de son immeuble. Pour une fois, sa voisine était silencieuse. Peut-être absente. La mamie qui habitait en face de son appartement ne cherchait pas à le draguer ; sénile, elle ne parvenait pas à saisir les termes d'homosexuel et d'incapacité à être séduit par une personne ayant le double, voire le triple de son âge. Même sa froideur ne parvenait pas à le repousser. Pourtant, il s'efforçait de paraître encore plus glacial que d'ordinaire, repoussant les limites du négatif pour tutoyer les centaines et les températures les plus froides jamais enregistrées sur Terre.
Shawn sortit de l'immeuble d'un pas traînant, se rendant jusqu'au parking pour récupérer sa moto. Une Harley Davidson payée une fortune grâce à ses économies drastiques. Il la payait encore, d'ailleurs. Le SHIELD n'était même pas foutue de lui en offrir une pour tous les sacrifices qu'il endurait en étant un membre actif et haut placé de l'organisation. Une infamie qu'il tolérait ; son envie de protéger les innocents l'emportait sur tout. Engoncé dans son casque et dans une veste en cuir usée, Shawn fonça jusqu'au café du Queens où son petit frère l'attendait patiemment. Une trentaine de minutes plus tard – à moins que ce ne soit beaucoup plus ? La circulation ralentissait à vue d'oeil, notamment lorsqu'il dût effectuer un détour plus qu'irritant,  Shawn se gara.

Trimballant son casque à la main, le visage impénétrable, dépouillée de toute expression joviale, il se dirigea vers la touffe blonde qu'il apercevait au loin, munie d'une paire de lunettes de soleil tape à l'oeil. Il ne parvint même pas à lui rendre son sourire lorsqu'il l'aperçut. Adel se redressa comme monté sur un ressort – une vraie pile électrique. Voilà pourquoi il l'évitait la majeure partie du temps ; adorable, mais diablement trop enfiévré à son goût pour qu'il le supporte toute la sainte journée. Même les dimanches jour du seigneur mon dieu, le plus âgé n'y parvenait pas. Il entretenait sa froideur comme l'on entretenait un jardin de fleurs. « Ce n'est pas grave. » Qu'il répondait à son excuse désuète. Bien sûr que Shawn ne lui tiendrait pas rigueur que d'avoir commandé à boire sans l'attendre. C'était son frère. Il ne lui chercherait pas des noises pour une connerie telle que celle-ci. Sans perdre une seconde de plus, l'agent de communication – officiellement – tira une chaise qui grinça sur le pavé. Dans le regard d'Adel, il lisait un soupçon d'inquiétude teinté d'une anxiété régulière, depuis une poignée d'années. Shawn ne comprenait pas la raison d'un tel tourment. Ni de sa soudaine question, presque soufflée agressivement. Comme s'il tenait à obtenir la vérité vraie, celle que l'on n'extirpe que par les moyens les plus retorses. « Je vais bien. » Fut tout ce qu'il rétorqua. À question banale, réponse banale. Évidente. « Et toi ? » Cette fois-ci, sa paire d'yeux d'acier se glissa jusque sur les lunettes de soleil d'Adel, cherchant à déceler son regard. Il n'y voyait que son reflet. Il n'y voyait que ses orbes gelées, vidées de toute sensitivité. Ça ne le choqua pas. Incapable de se rendre compte de son propre désarroi, de sa propre souffrance, Shawn préférait cloisonner les conneries qui empiétaient ses cellules grises. Un casier pour la mission où l'on força le blondinet à embrasser une donzelle, un casier pour la première fois qu'il ôta la vie d'un assistant d'un super-vilain particulièrement coriace, un casier pour les tromperies de Jon… Il y en avait des dizaines. À moins que ce ne soit des centaines ? À force de si bien les ranger, Shawn perdait le compte.
Presque par bonheur, il n'eut pas besoin d'attendre la réponse de son petit frère. Un serveur arriva, tout sourire, tout mielleux, désireux d'ouïr sa commande. « Une grenadine. Merci. » Rétorqua-t-il avec sa froideur caractéristique, et tant pis si le serveur le prenait mal ; il ne changeait pas pour Adel, pourquoi changerait-il pour un sombre inconnu ? Aussi étrange que cela paraisse pour un type à la gueule aussi ravagée par le congélateur, Shawn ne biberonnait pas d'alcool. Il n'affectionnait guère les effets que l'éthanol produisait sur son organisme : envie de vomir, envie de se cogner au premier venu à la gueule un peu trop pendue, gueule de bois. La grenadine, par contre, ça lui plaisait. Comme tous les sirops possibles et inimaginables. Un penchant pour celui à la rose. Sa boisson favorite lorsqu'il s'éventrait à cogner dans un sac de sables pour se défouler. Après avoir reçu sa grenadine, il la sirota gentiment. En silence. Comme miné parce quelque chose de si gros, écrasé par quelque chose de si lourd que même sa langue ne s'actionnait plus que pour prononcer qu'une poignée de mots. Mais ça, ça ne l'étonnait pas plus que tout le reste.

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MessageSujet: Re: (SHAWN & ADEL) « Hey Brother Jeu 14 Mai - 10:18


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Il est là. Grand, puissamment en marche. Son visage est un froid polaire, et son regard deux billes qui ont autrefois été pleines de lueurs humaines. L'angoisse me serre le coeur. Me lacère le ventre. Pourquoi, Shawn ? Pourquoi es-tu devenu ainsi ? Et comment ? Quelle est la raison de ta transformation en bonhomme de neige ? Je me rassois sous ses paroles. Je l'observe, dévore son visage du regard. Je cherche une trace de l'ancien Shawn. Celui qui m'aidait à faire les devoirs le soir. Celui qui me souriait et qui me disait que ça irait, que les parents n'étaient pas importants, que l'on avait l'un l'autre. Que peu importait ce qu'ils lui feraient, il n'arrêterait pas d'être lui-même. Il est mon modèle. Voir son idéal s'effondrer de son piédestal en un monceau de fractions de lui-même a quelque chose de malsain. Ses phrases sont portées comme des coups chirurgicaux. Avec une froideur exemplaire. Je ne comprend pas. L'impuissance me noir. Je voudrais pouvoir faire quelque chose. Le serrer contre moi. Le secouer fortement. Hurler des choses. Mon coeur se gonfle, et j'ai soudain neuf ans et l'envie de pleurer. J'entends les coups qui pleuvent, le choc de la chair contre la chair. Les hurlements. Je me cache sous un lit. Les ténèbres sont à moi, mais si ils étouffent les menaces extérieures, mon imagination dore Shawn des plus viles cicatrices. Il souffre. Et moi je me cache. Est-ce que cela peut venir de cette histoire ? Il ne m'en avait jamais tenu rigueur. Je m'étais excusé un nombre incalculable de fois, depuis. Il était mon frère, et j'avais tout fait pour mériter sa fierté lorsque j'étais devenu indépendant. Mais le voilà qui devenait un parpaing de glace. Il exhalait son aura hivernale. La peur me tenaillait, et je chassais la mélancolie. Ce n'était pas en pleurant qu'on obtenait des choses. Ni en s'abritant sous un lit.

« Les cours m'épuisent, mais ça va. Ironiquement, le travail où je passais la nuit était moins lassant que les cours. Les professeurs étaient souvent peu pédagogiques. Mais j'avais la chance d'être capable d'analyser les faits importants, de compulser des informations. J'avais également la chance d'avoir Monsieur Gray comme ... J'eus du mal à mettre une étiquette sur lui. Il n'était peut-être pas un ami, c'était trop familier, mais le professeur était trop proche de moi pour n'être qu'un enseignant. Je chasse mes pensées. Je regarde Shawn commander une grenadine. Je demande un autre café. C'est ma drogue - elles nourrissent mes insomnies, qui dévorent mon combustible. Mais je ne suis rien comparé à Shawn. Mes pupilles suivent ses gestes.

Le langage du corps. Avec une conscience gênée, je toise ce que son corps me dit. Ce que je vois ne me plaît pas. Comme si une chape de plomb couvrait ses épaules. Comme si un poids dans tout son être, comme si ses veines lestées de métal, l'empêchaient de se relever avec lucidité. On apporte les boissons. Je gratte une joue, tristement. Je m'en veux de faire ce que je fais. Décrypter mon frère. Le psychanalyser. Mais je n'ai pas d'autres moyens.

« J'avais pensé faire une soirée avec toi et Jameth, tu serais libre ? Question dans le vent. Ou presque pas, alors. Je tente de le sortir de sa gangue de glace. De faire naître un rire, un sourire, une envie. Jameth est sa meilleure amie, et nous pourrions peut-être ... non. Une voix vicieuse me souffle que ce n'est pas avec une soirée ou deux que tout s'arrangera. Le mal est plus profond. Enraciné au coeur. Poison fielleux. Par quoi a t-il été mordu, exactement ? Une vipère d'ombre et de douleur. Il faut lui couper la tête. Serpent assassin, bête de malheur. « Ca te ferait du bien je murmure, doucement. Mais rien ne semble le toucher.

Je loge mes mains vaguement tremblantes autour de ma tasse de café. Une alarme résonne en moi. Shawn ne va pas bien. Depuis quelques temps déjà. Je ne me souviens pas quand ça a commencé. Et le pire, c'était que Shawn ne semblait pas se rendre compte de son comportement inhabituel. « Tu as l'air fatigué. Ca va le boulot ? Je ne me doute de rien. Je n'ose plus le regarder de peur du vide que j'y verrais. Je ne comprend pas. Est-ce que Shawn ne m'aime plus ? Est-ce qu'il ne veut plus de moi comme petit frère ? A t-il oublié les bons moments pour ne se souvenir que de ma lâcheté ? Les sanglots ne passent pas. Eventrent mon calme de grimaces. J'ai toujours envie de pleurer. Voir Shawn dans cet état a quelque chose d'agonisant. Est-ce qu'il est en train de mourir ? et cette idée me transperce d'une multitude d'échardes de glace. Comme si Shawn, le bonhomme de neige, venait d'éclater et m'avait tué sur le coup de sa froideur impériale. Parce que toi, Shawn, tu es en train de me tuer en me privant de tes sourires. Exagération. Sûrement. Peut-être. Vraiment ?

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MessageSujet: Re: (SHAWN & ADEL) « Hey Brother Mer 20 Mai - 16:55

Lorsque sa grenadine arriva enfin, Shawn eut d'abord le réflexe de faire tournoyer sa paille dans le liquide carmin d'une lenteur désarmante. Au creux de son coeur, du vide. Au fond de ses yeux, une froideur effroyable, teintée d'un gris acier gelé. Deux perles de fer perdues au milieu d'une calotte glacière, inviolable, indestructible pour le plus grand malheur des proches de Shawn. Que ce soit Jameth Svensson, celle qui se qualifiait elle-même de meilleure amie du blondinet – chose qu'il ne contredisait pas, de toute manière – ou Adel Wildworth, le dernier rejeton de sa fratrie, ils cherchaient tous à le faire réagir. À obtenir de l'agent quelque chose d'autre qu'une gueule anesthésiée, dépouillée de toute émotion prouvant son humanité. Sans succès. S'acharner ne mènerait qu'à leur perte ; insister ne les conduirait que dans les tréfonds d'une mer encore plus calme et glaciale que ce que Shawn laissait entrapercevoir en surface. Un instant, un soupir failli s'échapper de ses lèvres. Pas parce qu'il s'ennuyait. Mais parce qu'il se doutait de la raison de l'entêtement de son petit frère pour le voir. Il ne voulait qu'une chose : découvrir ce qu'il dissimulait sous son crâne, entre deux cellules grises déglinguées. Un instant, ses yeux dérivèrent vers les prunelles d'Adel, masquées par une paire de lunettes bien trop larges. À croire que le mioche l'avait fait exprès. À croire qu'il ne souhaitait se dissimuler que pour mieux analyser les travers de son frère. Inexistants, d'après ce dernier. Son corps comme son esprit conservaient une résistance exceptionnelle. Après tous, même son cerveau s'articulait à la façon d'un muscle, alors pourquoi ne pouvait-il pas entraîner celui-ci à se plier sous le joug de ses envies ? Les épaules constamment crispés, Shawn ne cessa d'agiter sa paille que pour l’amener à ses lèvres et engloutir une longue gorgée de sa grenadine. Pas aussi bien dosée que chez lui, mais ça lui convenait. Les deux glaçons engoncés au fond du verre ne le firent même pas tilté quant à sa nature la plus profonde : la même. Son état ? Solide. Incapable de se liquéfier en fondant sous une chaleur suffisamment forte – et si possible, émanant d'un autre être humain – mais également incapable de se gazéifier, l'agent du SHIELD ne subissait aucun changement d'état. Pas même le plus infime.
Soit disant, les cours d'Adel l'épuisaient. En quoi ? Il passait ses journées affalé sur une chaise à boire les paroles de ses profs tout en griffonnant les éléments les plus importants. Pourtant, si sa mémoire ne lui jouait pas de tours – chose qui n'arrivait jamais tant ses cloisons et ses casiers s'agençaient à la perfection – la façon que son petit frère avait de payer ses études méritait de l'épuiser. Encore une étrangeté. À croire qu'ils en trimballaient tous dans la famille Wildworth. À différentes échelles. Eux berçaient dans un semblant de positif alors que le reste de la fratrie et leurs écoeurants parents baignaient dans ce qu'il jugeait être un profond manque de jugeote.

La moitié de son verre vidée, désormais tourbillonnante au fond de son gosier, Shawn s'adossa confortablement contre le dossier de la chaise de la terrasse. Un établissement plus que respectable, d'après l'enseigne et les occupants des autres chaises. Étonnant, pour un café-bar planté en plein milieux du Queens. Probablement l'un de ses quartiers les plus tranquilles, par ailleurs ; dans les tréfonds de cette région de New York réputée pour être carnassière et peuplée de mutants tous plus dangereux les uns que les autres, Shawn s'y sentait plus à l'aise que dans les quartiers mondains de Manhattan. Il ne parviendrait jamais à comprendre ce qui poussait les gens à vivre dans ces endroits surpeuplés et généralement, bondés de touristes et de tant de boutiques de luxe qu'on ne parvenait guère à différencier Guess de Chanel. Les Wildworth, eux, ne connurent guère ces marques-là ; ni pauvre ni riche, situés dans la moyenne, ils se servaient du peu qu'ils arrivaient à mettre de côté pour fringuer un nombre bien trop grand de mioches. Trois garçons et une fille. Une fratrie conséquente incarnant à la perfection l'idéal catholique : faites des enfants, faites de la bouffe pour les démons de l'Enfer, ça permettra aux anges de se la couler douce pendant ce temps !
L'esprit enveloppé de sombres pensées, Shawn ne réagit pas immédiatement à la question d'Adel. Sa présence le déroutait ; incapable de s'adapter aux règles sociétales de base sans s'y forcer, le blondinet y parvenait encore moins en présence de son cadet. Il le connaissait. Peut-être un peu trop bien. Mieux que ses supérieurs, pour sûr. Quelques secondes de flottement plus tard, feintant en sirotant sa grenadine, Shawn réagit. « Je ne sais pas. » Fut les seuls mots qui s'extirpèrent face à l'envie d'Adel de passer du temps en compagnie de son vieux frangin et de la meilleure amie de celui-ci. Jameth, il ne la voyait que parce qu'elle se pointait à son appartement sans prévenir, la bouche en coeur, un film dans une main et un pot de glace dans l'autre. La seule réaction qu'elle parvenait à lui extirper n'était qu'un pauvre haussement de sourcil, ponctué de trois mots austères en guise de salut. Un congélateur, l'agent ? Évidemment. Non content de se satisfaire de sa condition mentale déplorable, chose dont il ne se rendait pas compte, il entretenait sa froideur comme l'on entretenait ses animaux domestiques. Avec un soin particulier, méticuleux, n'exhibant des sourires qu'aux yeux de ses voisins. Qui sait, peut-être que derrière la vieille dame avec qui il partageait le même palier se cachait des enfants ou même des petits-enfants intégrés au HAMMER. À moins que ce ne soit sa voisine du dessus, particulièrement désagréable à marteler le sol à renfort de talons aiguilles non sans omettre de faire glisser au sol quelques casseroles et autres ustensiles de cuisine du même acabit ?

En moins d'une gorgée, sa grenadine fut terminée. Plus aucune raison ne lui permettait d'esquiver les questions d'Adel. Pernicieuses. Sinueuses. Il savait pertinemment où frapper et de quelle façon. Pourtant, la stature de glace de son frère ne se modifiait guère. Ses yeux restaient de marbre, sa bouche ne se déformait que pour esquisser quelques sons, assembler quelques mots lorsque l'envie lui prenait – ou plutôt l'obligation, de répondre. Son petit frère au métier peu recommandable remarqua son air fatigué. Quel air fatigué ? Dans ses veines, Shawn ne se ressentait qu'une furieuse envie de s'activer. De cogner. De se perdre des heures dans une salle de sport en compagnie d'une poignée de sacs de sables suffisamment solides pour ne pas se déformer sous ses poings. « Je ne suis pas fatigué. » Rétorqua-t-il presque dans la seconde. Mine de rien, ses neurones s'activaient bien plus vite que sa face. Elle, s'empêtrait à sauvegarder son immobilité la plus totale. « Mon employeur est infernal, ne se gêne pas pour me surmener, mais je suis solide. Tu devrais le savoir depuis l'temps, petit frère. » La raison se rangeait de son côté ; ils n'étaient pas frères pour rien. Depuis que le cadet vit le jour, ils se connaissaient. Depuis que les premiers coups voltigèrent à l'égard de l'agent sous couverture, ils s'étaient rapprochés. Bien sûr, pour Adel il ne jactait que de son emploi d'agent de communication auprès d'un politicien renommé. Mais, au fond, il ne faisait que référer à son patron, son véritable boss, celui qui n'avait de cesse de martyriser ses employés tantôt par nécessité, tantôt par simple pulsion sadique et dévastatrice. Un haussement d'épaule désintéressé plus tard, les doigts de Shawn s'agitèrent nerveusement autour de sa paille. À moins que ce ne soit qu'un réflexe, qu'une envie de tenir quelque chose entre ses doigts, à défaut de pouvoir y loger un flingue ? Lui-même ne parvenait pas à esquisser une réponse plausible dans son crâne car de toute façon, ce dernier ne souhaitait guère la connaître.
Soudain, une irrépressible envie de découvrir ce qu'Adel lui voulait vraiment tinta. Sans pour autant briser le masque de froideur qu'il portait la majeure partie du temps. Et encore plus avec ceux qu'il connaissait d'avant. « Pourquoi aujourd'hui, Adel ? J'espère que ce n'est qu'une question d'examen et que tu n'as trouvé personne d'autre à psychanalyser que ton frère. » Que pouvait-il faire d'autre ? Quelle autre alternative s'offrait à lui, outre celle d'une vaine tentative de briser la calotte glacière ? Le réchauffement climatique n'atteignait guère l'agent du SHIELD sous couverture. Pire ; il l'évitait. À moins que même la chaleur parvienne à grelotter en sa présence ?

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MessageSujet: Re: (SHAWN & ADEL) « Hey Brother Mar 2 Juin - 18:46


hey brother
Au fond, la solitude, bien qu'elle soit douloureuse, est encore préférable à la destruction appliquée de l'un par l'autre. Δ Fernan Ouelette.



Rien ne se passe comme prévu. D'un autre côté, avais-je réellement attendu quoi que ce soit ? Je cherche deux secondes au fond de moi. Coeur flétri. Non - aucune attente, nul espoir. Zéro avenir, dans ce frère qui a pourtant été si longtemps mon ami, mon allié, mon abri. Shawn n'était plus que l'ombre glacée et vide de lui-même, et cette idée à elle seule suffisait à m'enlever tout sourire du visage. Sa façon de parler était mécanique, artificielle - comme ses gestes, son physique. Rien ne semblait vrai, n'éclatait de cette vie d'autrefois. Qu'était devenu mon grand frère ? Qu'avait-on fait de lui ? Je ne comprenais pas, d'autant plus qu'il n'expliquait rien et s'acharnait à ne pas comprendre, à ne pas voir où étaient les soucis. Quand on a autant d'émotions qu'un batteur électrique, Shawn, y'a un problème. « Je sais que t'es coriace. T'es un Wildworth, et j'ai un pauvre sourire amusé - n'a t-on pas toujours été dans le style endurant, tous les deux ? Plus lui que moi, mais j'espérais trouver un écho de cette fibre fraternelle que je désirais réanimer, « mais tu es différent. C'est pas juste une histoire de ... Je sais pas ce que c'est. Mais ... C'est pas rien J'essaye d'expliquer vainement mon inquiétude, mais je me heurte presque physiquement à un mur. Je frissonne sous le regard de givre de l'homme assis en face de moi - et je réalise qu'il ne comprend pas, vraiment. Est-ce qu'il se soucie encore de moi, au moins ? Cette interrogation là, je la garde - fierté blessée, dignité outragée. Crainte d'une réponse. Peur d'un choc, d'un brisement que rien ne parviendrait à recoller.

Ses mots tirent une grimace à mon minois plus jeune. Je hausse une épaule, soudain contraint à jouer franc jeu dans la cour des grands, alors que je préférais le bac à sable. Mais, poussé par un sentiment de frayeur à l'idée qu'il puisse voir dans ma tentative idiote de psychanalyse une manipulation quelconque, je change de sujet, je trouve un prétexte. Qui n'en est pas vraiment un, mais qui n'est pas aussi réel ou vrai que le but premier de ma visite. « J'ai pas d'examens. J'étudie les foules, l'effet de masse, pas quelqu'un comme toi. Je n'étudie pas les émotions absentes je fais en le toisant doucement. Comme on regarderait un malade en phase terminale. Plus d'espoir, plus de rémission. La mort totale des rires et de la joie. Shawn était, quelque part, un peu mort, et la raison était sombre, létale et latente comme du venin. Je jouais avec mon verre un instant, cherchant mes mots, secouant la tête. Quoi que je fasse, rien ne venait - je devinais qu'il me cachait des choses, et si il ne désirait pas me les montrer, je devais trouver le moyen de le forcer. « T'es pas content de me voir ? Tu veux pas faire un p'tit sourire à ton p'tit frère ? Une espèce de blague vaseuse, mais je ne suis plus à ça prêt. Je suis, à dire vrai, prêt à tout pour revoir mon frère. A lacérer dignité et devoir, à me jeter à ses pieds - cet homme qui a fait tant pour moi, le voir dans cet état me déçoit et m'angoisse à un point que j'en fais parfois des cauchemars. Je ne sais plus quoi dire, ni quoi demander - je suis un peu intimidé à l'idée de psychanalyser Shawn. Il n'est pas bête, et je dois faire ça en finesse, mais j'ai surtout le sentiment d'y aller avec mes gros sabots.

« Tu es certain que tout va bien pour toi, hein ? et la question sonne plutôt comme un fait désespéré, d'un ton contrit et triste, « tu es convaincu que rien ne va mal. Pourtant, c'est quand la dernière fois que t'as souri, Shawnie ? La dernière fois que t'as ri à une blague - foireuse ou non ? Est-ce que t'as oublié comment on fait ? et cette boutade sonne si fragile, comme un enfant à son grand frère - ce qui, dans le fond le cas - cette phrase tinte comme une voix d'enfant. Je détourne les yeux et soupire. Ce n'est pas comme ça que je vais le ramener. Mais je m'y épuiserai - je ferais tout pour. Peu importe ce que j'ai à faire pour y parvenir.

© GASMASK

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▽ “ Si je prétendais assumer à l'infini les conséquences de mes actes, je ne pourrais plus rien vouloir. ”


grosse teuf po po po:
 
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